Lors de la campagne pour le referendum de 1992 concernant la ratification du Traité de Maastricht, les
partisans du "oui" n'ont eu de cesse de répéter que l'adoption de ce traité et par conséquent la création de l'euro, permettaient d'offrir à la France un avenir meilleur,
lui assurant notamment prospérité et plein emploi.
Michel Sapin, député socialiste de l'Indre et à l'époque, Ministre de l'Economie et des Finances n'a pas hésité à participer à cette surenchère pour vanter les mérites du Traité de Maastricht.
Voici deux citations de Michel Sapin :
"L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus
grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des
emplois" - Le Journal du Dimanche - 2 août 1992.
"Pour la France, l’Union Economique et Monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage" - France
Inter - 11 septembre 1992.
Presque dix-sept années plus tard, l'Europe a t-elle permis de lutter efficacement contre le chômage ? L'Europe, a t-elle protégé la
France des délocalisations ? Evidemment non. Michel Sapin et le parti socialiste se sont fortement trompés.
Avec une monnaie européenne bien plus chère que le dollar ou le yuan chinois, nos exportations s'effondrent et le chômage augmente ! Il
faudra donc réformer l'euro afin de rendre notre monnaie compétitive face aux autres monnaies internationales comme le dollar et le yuan. Et le plus vite sera le mieux.
Vendredi dernier, dans le cadre de la
venue de Nicolas Dupont-Aignan à Châteauroux, lors de la conférence de presse, la liste Debout La République (DLR) pour les prochaines élections européennes, dans la région Centre -
Massif Central a été en partie, présentée aux journalistes : la tête de liste, Jean Barrat (Puy de Dôme), Catherine de Metz (Loiret), Martine Montel (Puy de Dôme) et moi-même, qui avec Géraud
Baigts représenteront le département de l'Indre.
Alors que chacun peut être à juste titre, choqué par les bonus et autres stock-options que s'attribuent les dirigeants d'entreprises qui délocalisent, qui licencient ou
qui ont reçu des aides publiques pour surmonter la crise, on apprend les chiffres à plusieurs zéros que vont touchés les Commissaires européens qui vont quitter la Commission Barroso en
fin d'année. C'est l'occasion de se pencher sur les rémunérations de ces personnes qui de Bruxelles n'hésitent pas à exprimer leurs remontrances et cherchent à imposer leurs
fameuses directives.
A leur entrée en fonctions, les commissaires perçoivent une indemnité d'installation égale à deux mois du traitement de
base. Ce traitement de base s'élève depuis le 1er juillet 2008 à 19909,89 euros mensuel (22120,10 pour les Vice-Présidents et 24422,80 euros pour le
Président). De plus, les commissaires reçoivent une indemnité de résidence égale à 15% de leur traitement de base et une indemnité mensuelle de représentation d'un montant de 607
euros (911,38 euros pour les Vice-Présidents et 1418,07 euros pour le Président).
Ce qui signifie que chaque commissaire perçoit chaque année 282040,48 euros, et le Président Barroso, 354051,48
euros. Mais il faut alller plus loin : avec de si faibles sommes perçues durant leur mandat de cinq ans, les membres de la Commission européenne ont
besoin d'assurer leur vie d'après.
C'est pour cela qu'à
leur départ, les membres de la Commission percevront une indemnité de réinstallation égale à un mois du traitement de base ; seront remboursés de leurs frais de voyage et de déménagement et
surtout, percevront une indemnité mensuelle pendant 3 ans, d'un montant allant de 40% à 65% du traitement de base final selon la
durée des fonctions, soit entre 7963,95 euros et 12941,43 euros pour un commissaire. Ce qui fait tout de même au bout des trois années : entre 290000 euros et 470000
euros ! (Non, il n'y a pas d'erreur...)
Mais il est tout de même précisé que cette indemnité est plafonnée. En effet, si l'ancien commissaire exerce une nouvelle activité rémunérée,
le salaire qu'il perçoit, ajouté à l'indemnité ne devra pas dépasser la rémunération qu'il percevait en tant que membre de la Commission. Vous voilà rassuré ? Attendez la
suite...
Par exemple, l'ancien
commissaire européen au commerce, le britannique Peter Mandelson, qui a démissionné de son poste après avoir été nommé ministe dans le Gouvernement de Gordon Brown, continue de toucher une partie
de son salaire de Bruxelles pour un montant de 80000 euros par an. En ajoutant son traitement de ministre (plus de 100000 euros par an, ce qui est une misère...), on peut
raisonnablement penser que Monsieur Mandelson ne manque de rien avec l'équivalent d'un double salaire versé par l'Europe...
Et s'il n'était qu'un cas isolé... mais c'est la même chose pour le ministre italien Franco Frattini, ou pour le ministre
chypriote Marcos Kyprianou qui ont eux aussi démissionné de la Commission européenne et qui continuent de bénéficier des généreuses indemnités de Bruxelles.
Bien évidemment, ces indemnités sont soumises à l'impôt. Mais il n'en reste pas moins que ces chiffres et les cumuls des rémunérations
sont scandaleux. Alors avant d'appeler les entreprises à plus de modération, la Commission européenne ferait bien de revoir son propre fonctionnement et de se modérer elle-même. Franchement,
vous l'aimez vraiment cette Europe-là ?
Bernard Accoyer, Président de l'Assemblée Nationale, personnage dont j'apprécie bien peu les méthodes était avec Gérard Larcher, Président du Sénat, présent à la Conférence des Présidents des parlements des 27 qui se
déroulait hier, au Palais Bourbon à Paris ; Conférence à laquelle des représentants de la Turquie avaient été conviés...
Au programme de cette réunion, "l'avenir institutionnel de l'Union" et "la mise en oeuvre des dispositions du Traité de Lisbonne par les parlements nationaux".
Ce fameux Traité de Lisbonne a été ratifié par une majorité d'Etats membres de l'Union Européenne, souvent au dépend de la volonté
populaire, mais l'avenir de ce Traité reste encore suspendu à l'approbation de la République Tchèque, où le Sénat doit encore se prononcer et où le Président Vaclav Klaus refuse d'indiquer s'il
entérinera le "oui" des députés, ainsi qu'à l'incroyable second (disons plutôt deuxième...) référendum
irlandais, annoncé pour le mois d'octobre 2009. Par ailleurs, le Traité n'a toujours pas été promulgué en Belgique, ainsi qu'en Pologne où le Président Lech Kaczynski ne l'a toujours pas signé. En outre, en Allemagne, alors qu'une cinquantaine de députés allemands conteste
devant la justice la constitutionnalité du texte, le Traité de Lisbonne reste soumis au jugement de la Cour fédérale de Karlsruhe dont la décision n'est pas attendue avant plusieurs semaines. Et
le Président allemand Horst Köhler a bien précisé qu'il attendra la décision des juges avant d'envoyer l'acte de ratification. Tout cela pour dire que l'on est encore très éloigné de la date
d'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne.
C'est pourquoi il
est difficile de comprendre l'attitude de Bernard Accoyer qui n'hésite pas dans un rapport remis à ses homologues européens à demander l'application sans "attendre", de certaines
dispositions du Traité de Lisbonne, "sur la base du volontariat". N'est-il pas possible d'attendre que la ratification et la promulgation du Traité se soient déroulées dans tous les
Etats de l'Union Européenne avant de s'engager dans l'application du texte ?
Il faut croire que certains aient encore quelques craintes dans les décisions de quelques Etats, pour vouloir ainsi forcer l'entrée en
vigueur du Traité de Lisbonne et donc ne pas respecter le processus de ratification. Un processus qui aurait d'ailleurs dû être stoppé suite au vote négatif du peuple
irlandais. Mais cela se déroule en Irlande comme dans le reste de l'Europe et notamment en France, où comme l'écrivait Nicolas
Dupont-Aignan, Président de Debout La République : voilà "une drôle de démocratie, à sens unique, qui peut se
résumer ainsi : Quand c’est oui, c’est oui. Quand c’est non, c’est… oui quand même !". Ainsi, le peuple irlandais revotera jusqu'à ce qu'un
"oui" s'en suive. Mais cela pourra prendre du temps. Voilà sans doute la raison de l'empressement de certains dont Bernard Accoyer, à vouloir appliquer dans des délais brefs
certaines dispositions du Traité de Lisbonne.
Enfin, je termine ce billet avec une phrase assez exceptionnelle prononcée hier, dans le contexte européen actuel qui vise à
bafouer la démocratie, comme cela s'est fait en France ou au Pays-Bas et comme cela se répète d'une
autre manière en Irlande, nos élites européennes ne pouvant respecter le vote négatif d'un peuple d'Europe sur un texte qu'ils ont préparé. Cette phrase est du Président du Parlement
européen, Hans-Gert Pöttering : "Nous sommes ensemble pour la démocratie dans l'Union Européenne". Voilà qui est bon d'être dit, ça doit rassurer les peuples et ça donne bonne
conscience "aux élites", avant que ces dernières retournent utiliser des méthodes bien peu conformes à... une véritable démocratie.
Lors d’une conférence de presse à Paris le 10 février, Nicolas Dupont-Aignan a présenté, en leur présence, les principaux candidats qui
conduiront les listes gaullistes soutenues par Debout La République (DLR) aux Européennes de juin prochain :
Région Ile-de-France : Anne-Marie LE POURHIET et Nicolas
DUPONT-AIGNAN
Région Est : Jean-Pierre GERARD et Elisabeth LAITHIER
Région
Nord-Ouest : Thierry GREGOIRE et Brigitte BRIERE
Région Ouest : Christian LECHEVALIER et Christine
TASIN
Région Sud-Ouest : Henri TEMPLE et Christiane BRUNEAU
Région Sud-Est : Michèle VIANES et Thierry GIORGIO
Région Massif Central-Centre : Jean BARRAT et Catherine de METZ
Il y a quelques jours déjà, mon ami le Faucon m'a "tagué". C'est donc à lui
que je dois cet article consacré à l'avenir de l'Europe et je l'en remercie. La question qui est posée est la suivante : "Quelle Europe voulez-vous en 2020 ? Quelles doivent être les
quatre priorités à mettre en oeuvre dès aujourd'hui pour améliorer l'Europe, la rendre plus démocratique, plus compétitive, plus forte à l'international, plus en avant sur le développement
durable, etc... ?"
A mon tour, je vais essayer de dégager les 4 priorités qui me semblent indispensables pour améliorer le
fonctionnement de l'Europe et pour que l'Union Européenne (U.E.) devienne un ensemble fort sur lequel les Etats pourront s'appuyer.
1. Définir les limites de l'Union Européenne.
Après plus de cinquante années passées à "construire" l'Europe, il est bien dommage que cette question qui aurait dû être une des premières réglée, soit encore
d'actualité. Quelles doivent donc être les limites de l'Union Européenne ? La réponse me semble simple : l'Union Européenne doit pouvoir connaître à terme les mêmes limites que le
continent européen au sens géographique, "de l'Atlantique à l'Oural", comme le répétait le Général de Gaulle, mais je le crois sans la Russie et bien évidemment sans la
Turquie. Il faut construire un partenariat fort et privilégié avec ces deux états, mais du fait de leurs histoires et de leurs géographies, ces deux pays n'ont pas vocation à
intégrer l'Union Européenne. L'Asie n'est évidemment pas l'Europe. Et continuer à bercer la Turquie d'illusions sur sa future entrée au sein de l'U.E. ne constitue pas une démarche
honnête vis-à-vis du peuple turc. Par ailleurs, si l'élargissement doit se poursuivre, il convient d'abord de donner les moyens à l'Union Européenne de pouvoir accueillir
correctement les nouveaux états. Aujourd'hui, comme en 2004, date de l'entrée de dix nouveaux pays, l'Union Européenne n'en est pas capable. Il faut donc arrêter de se
précipiter en refusant tout nouvel élargissement, tant que l'U.E. n'est pas organisée.
2. Bâtir une Europe réellement démocratique.
Pour construire une Europe solide, une Europe indépendante, une Europe organisée, l'Union Européenne se doit
d'être réellement démocratique. Il faut arrêter de tourner le dos aux peuples de l'Europe et faire confiance à la souveraineté populaire. Ce qui s'est passé en France en début d'année lors de la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne relève de l'erreur historique au
regard du referendum de 2005. Et malheureusement, chacun peut constater que l'attitude des dirigeants européens, après les referendums de 2005, en France et aux Pays-Bas, est la
même aujoud'hui, suite à la victoire du non en juin dernier en Irlande, le seul pays "obligé" d'organiser
un referendum pour ratifier le Traité de Lisbonne. Nombre de Chefs d'Etat ou de gouvernement, et le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso en tête, continuent de se
moquer ouvertement du vote des peuples ; Nicolas Sarkozy n'ayant rien d'autre à proposer à l'Irlande que d'organiser un
nouveau referendum... et aux Irlandais de se déjuger et de voter "oui" la prochaine fois ! Il faut expliquer l'Europe aux peuples, les associer à sa construction et la
bâtir sur des bases solides : une véritable démocratie s'appuyant sur les peuples, consultés par referendums doit être l'objectif de tous. Comme le disait le Général de Gaulle : "On ne fera
pas l'Europe si on ne la fait pas avec les peuples et en les y associant."
3. Construire une Europe structurée et contrôlée par les peuples.
Se basant sur la volonté populaire, l'Europe pourra alors
continuer à se construire dans la sérénité. Sa construction passe désormais par une clarification des compétences des différents organes de l'U.E. et un renforcement des pouvoirs des institutions
élues démocratiquement par les peuples européens. Ainsi, le rôle du Parlement européen doit être plus important et il me paraît nécessaire de rapprocher l'Europe des citoyens. Par
exemple, je pense qu'en France, les élections européennes organisées dans le cadre d'un scrutin de liste au sein d'immenses circonscriptions ne facilitent pas la reconnaissance par
les citoyens du travail effectué à Strasbourg et à Bruxelles par les députés européens. Ne serait-il pas préférable que les députés soient élus au scrutin uninominal dans des
circonscriptions de taille beaucoup plus modeste ? Par ailleurs, ne serait-il pas utile qu'une seconde chambre, réunissant des représentants des parlements nationaux soit instituée, se
basant ainsi sur la légitimité conférée dans chaques pays aux élus du peuple ? Enfin, le recours à la procédure référendaire doit être la règle, dès-lors qu'une
question majeure doit être approuvée.
Mais l'Union Européenne doit être également
contrôlée par les différents états membres, car elle n'existe que grâce à eux. La Commission européenne doit être véritablement responsable devant le Parlement européen et son Président
devrait rendre-compte de la mise en oeuvre de sa politique chaque année devant les députés européens. La Banque Centrale Européenne (B.C.E.) ne doit plus rester indépendante. Le pouvoir
économique et monétaire incarné par cette B.C.E. ne peut continuer à travailler en toute indépendance du pouvoir politique représenté par les Chefs d'Etat et de gouvernement des pays
membres, à l'image de ce principe absurde et maintenu pendant des années qui consistait à lutter contre une inflation très faible, alors que l'objectif prioritaire de la B.C.E. aurait
du être celui de la recherche de la croissance, permettant ainsi de lutter contre un chômage endémique. De la même manière, il y aurait beaucoup à dire sur le fonctionnement de la
Cour de Justice des Communautés européennes et sur l'indépendance de ses magistrats.
4. Edifier une Europe des projets et une Europe indépendante.
Afin de ne jamais devoir forcer un état qui ne le souhaiterait pas à avancer dans une
direction contraire à ses intérêts ou aux souhaits de son peuple, l'Europe se doit d'avoir plusieurs vitesses et de fonctionner grâce aux coopérations interétatiques. C'est un
enjeu majeur que d'élaborer une Europe capable de bâtir des projets d'envergure, tout en respectant les nations. Et comme le dit parfaitement le Faucon : "Pourquoi la France et Malte, par exemple, devraient ils avancer au même rythme ? La Finlande et la Grèce sont ils concernés par
les mêmes problèmes, et doivent ils donc avoir des politiques exactement communes ? Ne peut on pas avoir des compétences partagées qu'à un certain nombre de pays ? Doit on tous manger la même
chose, penser la même chose, vivre de la même manière ?". Par le passé, c'est bien avec une Europe à plusieurs vitesses, une Europe à la carte que les plus grands projets européens ont pu
être menés à bien, à l'image d'Airbus ou d'Ariane. Alors pourquoi tout à coup, l'uniformisation devrait-elle prendre la place de la coopération ?
Enfin, l'Europe telle qu'elle doit être construite, devra être au service des peuples européens et donc totalement indépendante. Ainsi, la politique étrangère et de
sécurité commune qu'il faut mettre en oeuvre, ne peut se baser sur un alignement sur la politique menée par l'OTAN, c'est-à-dire sur la politique voulue par les
Etats-Unis et définie à Washington. Construire une Europe indépendante doit s'incarner par une véritable politique de coopération militaire entre états et par une politique
défensive. Cette politique ne peut pas et ne doit pas se symboliser par un atlantisme béat, malheureusement bien trop souvent défendue dans de nombreux pays européens ces derniers
temps.
Une Europe cohérente, une Europe démocratique, une Europe organisée et une Europe indépendante évoluant dans le respect des nations
européennes, voilà ce que je crois être une véritable ambition pour l'Europe de demain.
Malheureusement, dans le
contexte actuel, j'ai les plus grandes craintes quant à la mise en oeuvre d'une politique courageuse pour répondre à ces objectifs. Peut-être, les prochaines échéances européennes de juin
2009 pourront-elles influer sur les décisions à venir. C'est en tout cas ce que je veux croire. C'est pourquoi, j'ai lancé, il y a quelques semaines, un blog destiné à prendre part à la campagne
des prochaines élections européennes et à défendre cette autre Europe que j'appelle de mes voeux.
Enfin, comme pour toute chaîne, je me dois de proposer à d'autres de la poursuivre. Je suis sûr qu'Olivier sera intéressé par le sujet et je suis persuadé que nos positions ne seront pas très éloignées.
J'aimerais également connaître les propositions que pourraient faire Ellie et Benoît. Enfin et parce-que nous ne sommes pas toujours en phase sur le sujet européen, je serai heureux de lire la contribution que
pourront apporter mes amis Sandrine et Anthony. Comme pour l'Europe, n'oublions pas que la diversité reste une richesse !
Quelques
heures après le vote du peuple irlandais, lors du referendum du 13 juin dernier sur le Traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy estimait que le "non" irlandais était désormais une réalité
politique : "Le peuple irlandais s'est prononcé, on doit l'accepter."
Plus tard, le 10 juillet dernier, à Strasbourg, le
Président de la République Française a présenté aux députés européens, les priorités de la Présidence française de l'Union Européenne. A cette occasion, le Chef de l'Etat avait expliqué qu'il
espérait "proposer une solution" au "non" irlandais au Traité de Lisbonne, "soit en octobre, soit en décembre" 2008, ajoutant qu'il ne fallait pas "bousculer les
Irlandais".
Dans ces conditions, comme beaucoup de Français, je m'explique mal ses récentes déclarations. Aujourd'hui, devant les députés UMP réunis à
l'Elysée, le Président Sarkozy a annoncé que "les Irlandais devront revoter", sur le Traité de Lisbonne. Ce qui implique l'organisation d'un nouveau referendum en Irlande, en fin d'année
2008 ou en 2009.
En quelques jours, à peine un mois, le Président de la République est passé d'une attitude d'acceptation du vote irlandais, à son exact
contraire, celle consistant à refuser la décision démocratique du peuple d'Irlande. Tout simplement incompréhensible. D'autant plus surprenant, qu'il y a à peine cinq jours, il
était question de ne pas "bousculer les Irlandais" ! Heureusement pour eux...
Faire
"revoter" les Irlandais ! Voilà bien une attitude qui me semble se rapprocher de l'amateurisme. Il ne s'agit en aucun cas d'une réelle vision pour l'avenir de l'Europe. Si
telle est la seule grande ambition au service des institutions de l'Europe, proposée par la Présidence française de l'Union Européenne, il est à craindre un grave échec dans les prochains
mois.
Le peuple d'Irlande a envoyé un message clair, expliquant ses craintes de manière forte, dans la mesure où ce "no" irlandais a été
massif (près de 54%), avec une participation plutôt importante, en comparaison avec les autres referendums organisés en Irlande et notamment celui concernant la ratification du Traité de
Nice. C'est donc agir dans la précipitation et avec beaucoup de légèreté, que de proposer une solution qui semble, dans ce cas précis, assez hasardeuse et pour
le moins inadaptée, dans la mesure où rien ne permet d'envisager un vote différent des Irlandais, quelques semaines seulement, après un premier referendum au résultat
vraiment sans ambiguïté.
Comme je l'ai expliqué ici, ce "no" irlandais est était une chance pour l'Europe. Il aurait dû inciter les dirigeants européens à s'interroger sur le profond malaise qui existe entre les peuples
européens et les institutions de l'Europe. Ce vote aurait dû permettre une prise de conscience, favorisant une réorientation de la construction européenne : l'Europe se doit d'être
plus démocratique, véritablement indépendante et surtout, elle ne sera solide qu'en tenant compte des aspirations des peuples, en les respectant et en les protégeant. Aujourd'hui, ce bel
espoir s'envole.
En effet, à peine un mois après le referendum irlandais, plutôt que d'ouvrir ce vaste chantier d'avenir pour l'Europe, le Chef de
l'Etat préfère s'orienter vers une réponse qui piétine la souveraineté populaire du peuple d'Irlande, refusant de tenir compte de la volonté exprimée par ce même peuple et
démentant ainsi ses premières déclarations.
Une seule question me vient alors à l'esprit : En cas de second deuxième referendum,
que fera-t-on si les Irlandais refusent de se déjuger et confirment leurs votes ?
Au premier jour de la présidence française de l'Union Européenne, voilà une décision qui va sans doute compliquer la tâche de ceux qui croient
encore en l'avenir du Traité de Lisbonne. Après la
victoire du "non" au referendum organisé en Irlande sur le Traité de Lisbonne, il y a quinze jours, c'est au tour de la Pologne de s'engager sur la voie du "non" à ce même
traité.
En effet, aujourd'hui, le Président de la République de Pologne, Lech Kaczynski a
estimé que la ratification du Traité de Lisbonne était devenue "inutile" après le vote irlandais. "Pour le moment, la question du traité est sans objet" a t-il déclaré,
expliquant ainsi qu'il ne signera pas le Traité de Lisbonne.
Car en Pologne, même si le
Parlement a ratifié le Traité de Lisbonne en avril dernier, selon la constitution polonaise, le traité doit être ensuite ratifié par le Président lui-même. Or, rien n'oblige le Président
Kaczynski à apposer sa signature, pas même le vote favorable des parlementaires polonais.
Il semble donc, qu'après l'Irlande, le vent du refus de ce texte touche désormais l'Europe de l'Est, avec la Pologne aujourd'hui et peut-être bientôt la République
Tchèque, dont le Président, Vaclav Klaus qui avait déjà expliqué le 13 juin dernier, suite au "no" irlandais, que le Traité de Lisbonne était "fini", a déclaré ce soir qu'il
soutenait la position polonaise.
Et cela, sans parler de l'attitude de la
Grande-Bretagne qui reste à clarifier. Il est donc plus que certain ce soir que le Traité de Lisbonne, que l'on a voulu imposer aux peuples européens est mort. Il n'existe plus. Alors,
plutôt que de s'entêter à vouloir poursuivre un processus de ratification voué à l'échec, les dirigeants européens seraient mieux inspirés désormais de réfléchir à une nouvelle manière d'avancer
ensemble, en élaborant un projet différent, résolument tourné vers les peuples de l'Europe. Encore faut-il en avoir la
volonté...
Les Irlandais ont donc eu le courage et la sagesse de dire Non au Traité de Lisbonne. Merci à eux ! Je savais que nous pouvions compter sur ce peuple volontaire qui, à
juste titre, a pu avoir de nombreuses craintes quant à son avenir dans une Union Européenne fonctionnant sur la base de ce texte. Avec 53,4% de Non et une participation de plus de 53%, le message
envoyé est clair et sans ambiguïté.
Après la France et les Pays-Bas en 2005, sur les cinq pays consultés par referendum pour la ratification du dernier traité européen, trois
peuples ont donc répondu clairement "non". Il est plus que temps aujourd'hui, d'écouter ce qu'ont dit ces peuples d'Europe. Et la première conséquence, comme l'a signalée le Premier
Ministre François Fillon jeudi soir, avec cette victoire du "non" en Irlande, c'est que le Traité de Lisbonne n'existe plus.
De la même manière, le Président de la République Tchèque, Vaclav Klaus a estimé
hier, que le Traité de Lisbonne était "fini", ce qui n'est que la réalité et qu'il n'était "plus possible de poursuivre sa ratification", ce qui n'est là qu'une
évidence.
Malheureusement, on s'aperçoit que les vieilles méthodes des dirigeants européens ne se sont pas éloignées avec ce résultat du
referendum irlandais. Ils continuent de nier l'évidence puisque depuis hier, ils incitent les autres Etats européens à poursuivre le processus de ratification du défunt
Traité de Lisbonne : c'est le cas par exemple, du Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, du Président de la République Française, Nicolas Sarkozy et de la Chancelière
allemande, Angela Merkel.
Est-ce le nouveau subterfuge imaginé pour refuser la réalité et de ne pas prendre en compte la parole du peuple irlandais ?
Peut-être. Mais d'autres stratagèmes sont en attentes. A peine les Irlandais ont-ils déposé le bulletin dans l'urne, que certains envisagent déjà de les faire revoter avant la fin de l'année
pour maintenir le calendrier. En effet, le Traité de Lisbonne devait entrer en vigueur au 1er janvier 2009. Respecter le calendrier d'entrée en application de ce traité reste donc la
préoccupation majeure de plusieurs dirigeants européens alors que le traité en question n'a plus de raison d'être. En France, on connaît bien la formule : "quand c'est oui, c'est oui. Et
quand c'est non... c'est oui quand même". C'est donc en fait un autre combat qui s'ouvre désormais : faire respecter le choix du seul pays dont les gouvernants
ont autorisé, ont été obligés d'organiser un referendum.
Alors que l'on devrait se tourner vers un avenir fondateur pour une autre Europe, une Europe démocratique dans laquelle ses dirigeants sont responsables
devant les peuples, une Europe indépendante qui ne s'aligne pas obligatoirement sur des positions atlantistes, une Europe qui respecte et qui protège les peuples, il apparaît que c'est
la parole de plusieurs millions d'Européens qu'il va falloir faire respecter. Et pourtant, chacun devrait se rendre compte qu'on ne peut plus continuer à bâtir une Europe contre la
volonté des peuples. Attendons de voir quelles seront les décisions prises lors du prochain Conseil européen des 19 et 20 juin prochains.
Mais en votant "non", les Irlandais se sont fait sur ce
traité, les porte-parole de nombreux peuples européens privés du suffrage universel. J'espère donc que ce "No" irlandais sera pris en compte à l'avenir et pas seulement en
isolant l'Irlande, mais au contraire en saisissant la chance qui nous est donnée de construire une Europe solide reposant sur les peuples de l'Europe et non plus sur les décisions
d'une caste européenne dont les peuples désapprouvent de plus en plus les méthodes et la pensée unique !
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