Depuis plusieurs semaines, je voulais rédiger un article afin de donner mon sentiment sur les
différentes mutations décidées au sommet de l'Etat ces derniers mois. Le voici.
Cela a véritablement débuté à l'été 2008 avec Dominique Rossi, patron des services de sécurité en Corse qui le 2 septembre était relevé de
ses fonctions. Considéré comme un "grand flic" par ses collaborateurs, Dominique Rossi a le titre de contrôleur général (l'un des grades les plus élevés dans la police). Sa faute ?
N'avoir pas empêché l'occupation pacifique de la villa de Christian Clavier, ami proche du Président de la République, par des nationalistes corses. Première décision très
discutable.
Ensuite, le 12 janvier dernier, le Président de la République est en visite dans la Manche. A Saint-Lô, Nicolas Sarkozy présente ses voeux au
personnel de l'Education Nationale. Mais le Chef de l'Etat est sifflé par des manifestants qui ne sont pas favorables aux réformes du gouvernement. La sanction tombe, le
préfet de la Manche, Jean Charbonniaud (qui a sans doute aussi le tord d'avoir été le Chef de cabinet de Dominique de Villepin...) et Philippe Bourgade, Directeur départemental de la
sécurité publique sont mutés. Pourtant, dans un classement établi en juin 2008, la ville de Saint-Lô était arrivée en tête du palmarès de l'efficacité de la police en France (hors
Paris), avec 27,4 faits élucidés par policier, soit plus du double de la moyenne nationale. Vraissemblablement insuffisant pour l'Etat... Carrière irréprochable doit donc rimer avec
sanctions disproportionnées.
Heureusement, dans la majorité, certains ont réagi courageusement, à l'image du Président UMP du Conseil général et sénateur de la Manche Jean-François Legrand, qui
trouvait "parfaitement lamentable qu'on puisse utiliser un représentant de l'Etat comme si on utilisait un kleenex. C'est scandaleux. C'est une pratique d'un autre temps contreproductive d'un
point de vue politique". Et d'ajouter : "ce préfet est un très bon préfet qui n'a aucune responsabilité dans cette affaire". Sur la même ligne, le député UMP Philippe Gosselin
estimait à France Info que cette décision était "injuste" et donnait "le sentiment du fait du prince".
Pourtant, dans cette affaire, les manifestants avaient été tenus à distance par un nombre important de CRS, ce qui montre
que le préfet avait bien fait son travail, pour éviter une confrontation. Mais Nicolas Sarkozy n’a apparemment pas apprécié le simple fait que cette manifestation ait lieu.
Plus récemment et moins médiatisé, à Châteauroux, après la visite
très sécurisée du Président de la République le 27 janvier dernier, c'est le Ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, Eric Woerth qui était
en déplacement la semaine passée dans la Préfecture de l'Indre. Avec un programme chargé, celui qui avait déclaré avec une grande délicatesse en octobre 2007 : "Les retraités de la
fonction publique ne rendent plus de services à la nation. Ces gens-là sont inutiles, mais continuent de peser très lourdement", a effectué la visite du Centre des Impôts de Châteauroux,
pour "rencontrer les personnels". Il a été accueilli "fraichement" par les agents castelroussins, qui ont manifesté "poliment, mais fermement" leur mécontentement, face
aux suppressions de postes. Ce mouvement n'a pas été du goût des membres de la direction qui l'ont bien fait comprendre au Responsable de Centre, pourtant là encore un fonctionnaire méritant,
mais qui aurait dû "tenir ses agents" !
Enfin, à une autre échelle, cela me rappelle cette directrice d'Ecole de Châteauroux dont un poste devrait peut-être fermer à la rentrée
2009, m'expliquant il y a peu, que son inspecteur lui avait très fortement recommandé d'éviter l'installation d'une banderole devant son établissement scolaire. En clair, à elle de (re)tenir ses
collègues et les parents d'élèves, pour qu'il n'y ait pas de vagues.
Mais finalement, qui sont les véritables responsables ? Un préfet et un directeur départemental de la sécurité publique, bien notés
et qui ont bien fait leur travail ou peut-être un ministre de l'Education Nationale qui a mis dans la rue, par son manque de dialogue, des milliers de manifestants ? Un responsable
de centre des impôts, par ailleurs très bien noté également et qui n'a pas su jouer au dictateur avec ses agents ou le Ministre du Budget, responsable des suppressions de postes ? Une
directrice d'Ecole qui fait aussi parfaitement son travail ou ceux qui décident et appliquent les directives ministérielles de l'Education Nationale ?
Chacun peut constater avec ces quelques exemples que travail et mérite sont encore loin d'être des synonymes en France. Je crois
au mérite et je crois au travail et il est possible que les salariés méritants de la Fonction Publique d'Etat soient justement récompensés. Mais cela sera t-il envisageable
avec le gouvernement et l'actuel Chef de l'Etat ? Aujourd'hui, j'en doute. C'était pourtant une promesse présidentielle. Voilà qui est profondément
décevant.
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